La question de la véracité des dieux dans l’univers de A Song of Ice and Fire a été volontairement laissée ambiguë par l’auteur, pour susciter le débat et refléter le flou qui entoure les religions dans la réalité. Cependant, il existe selon moi une religion qui détient la vérité ou en tout cas qui est celle s’en rapprochant le plus : la religion de R’hllor, le Maître de la Lumière.

Melisandre, ©️ HBO 2013

En réfléchissant pour une future analyse des cultes et de la magie dans A Song of Ice and Fire, j’ai fini par tomber sur une conclusion qui fait, pour moi, énormément sens, au sujet de l’explication des forces régissant potentiellement l’univers de ASOIAF et sur leurs dynamiques. Cette conclusion, c’est que la religion de R’hllor et des prêtres rouges est celle représentant le mieux la vérité du monde de A Song of Ice and Fire.

Je vais ici vous exposer les raisons qui me poussent à croire en cette affirmation, en vous rappelant les grands principes de la cosmogonie de la religion de R’hllor, en montrant que celle-ci s’intègre parfaitement dans l’organisation supposée de l’univers et en quoi l’existence ou non d’une divinité ne change pas la logique présentée ici.

Introduction : la foi de R’hllor

La foi des prêtres rouges a une vision dualiste du monde, où s’opposeraient constamment deux divinités ennemies, R’hllor et l’Autre, le dieu sans nom. Alors que R’hllor représente la vie, le feu, la chaleur et l’amour, l’Autre représente la mort, le froid, la nuit et les ténèbres.

C’est la foi de R’hllor qui croit au mythe d’Azor Ahai, une figure légendaire censée se réincarner et mettre un terme au conflit entre les dieux, en abattant les serviteurs de l’Autre à l’aide de son épée légendaire Illumination et en réveillant les dragons de pierre. Dès lors, les prêtres rouges attendent avec impatience l’arrivée du messie et traquent tous les indices pouvant mener à sa découverte. La figure d’Azor Ahai est régulièrement interchangée avec celle du Prince qui fut promis par les personnages, que ce soit Melisandre ou bien mestre Aemon par exemple. Les deux prophéties et mythes comportent d’immenses similarités.

« When the red star bleeds and the darkness gathers, Azor Ahai shall be born again amidst smoke and salt to wake dragons out of stone. » – Davos III ASOS

Les prêtres rouges sont capables de prouesses magiques indéniables. Ils sont capables de ressusciter des gens morts récemment à l’aide du rituel de l’ultime baiser, lors duquel ils soufflent des flammes dans la bouche (et par extension dans le corps) du défunt. La principale activité magique des prêtres rouges réside dans la lecture des flammes. Après un entraînement difficile de plusieurs années, les prêtres rouges sont capables d’entrevoir des visions du présent et du futur dans les flammes, notamment de dangers les menaçant eux-mêmes et les gens qui les entourent. Ils sont aussi visiblement capables de résister au poison et, pour les femmes en tout cas, de donner naissance à des ombres pouvant servir d’assassins.

Art by Pietka

Melisandre a également montré qu’elle avait la possibilité de créer des illusions extrêmement efficaces à l’aide de ses rubis et d’utiliser le feu afin de tuer des cibles, comme a pu le constater Varamyr lors de la bataille du Mur.

Le cœur névralgique de la foi de R’hllor est le grand temple rouge de Volantis, où réside le Grand Prêtre de la foi, qui dirige les fidèles et les prêtres. La religion du Maître de la Lumière est très influente en Essos et semble avoir des connexions avec Asshaï, à travers le mythe d’Azor Ahai et les ensorceleurs d’ombres qui peuvent être des prêtres rouges. Il est d’ailleurs possible que certains des pouvoirs de Melisandre soient hérités de ses talents d’ensorceleuse d’ombres et non de prêtresse.

Pour ce qui est des rites et prières, les croyants ont pour habitude de les performer devant de grands feux, menés si possible dans leur démarche par des prêtres rouges. Ces derniers peuvent également performer des mariages et des cérémonie funéraires (impliquant l’ultime baiser).

Les prêtres et croyants du culte ont tendance à analyser le monde de façon manichéenne : selon eux, tous les éléments sont identifiables comme des alliés de R’hllor ou des avatars de l’Autre, les représentants du mal devant être combattus par tous les moyens. Ils ont régulièrement recourt aux exécutions humaines par le feu pour s’attirer les bonnes grâces de leur dieu.

La vision de l’histoire de George RR Martin

George RR Martin a été régulièrement questionné sur la signification du titre de l’histoire, A Song of Ice and Fire. Même si pour lui le titre a plusieurs niveaux de lectures, l’un d’entre eux est indéniablement la confrontation symbolique entre les forces de glace et les forces de feu.

Plus précisément, l’auteur décrit les événements au nord du Mur et donc les Autres comme étant l’élément de glace du titre, et Daenerys et ses dragons comme étant l’élément de feu.

Dans son interview pour Al Jazeera de 2016, George RR Martin explique que la menace des marcheurs blancs est une sorte de rappel aux menaces réelles qui pèsent sur l’humanité, plus occupée à ses querelles de pouvoir futile qu’à constater le réel danger approchant.

« In King’s Landing, they are blind to the much greater and dangerous threats » – GRRM 2016

George RR Martin aime aussi montrer que le mal absolu et le bien absolu n’existent pas. Pour lui, il est important que le bien et le mal contiennent des parts sombres ou qui semblent positives. C’est un concept assez similaire au Yin et au Yang, et qui rentre exactement dans l’idée d’opposition entre glace et feu.

Donc pour résumer, l’auteur voit vraiment l’opposition entre glace et feu comme la force implicite de l’histoire, une dynamique qui régit les événements du monde depuis son commencement et qui va avoir une importance capitale à la fin des livres.

La vision de R’hllor

Une logique similaire

À la lumière de cette conception de l’histoire et de ses dynamiques, on se rend compte que la vision de R’hllor correspond parfaitement aux événements et comment ils sont vus par l’auteur et prévus dans l’histoire.

Les prêtres rouges transcrivent une partie de la vision de George RR Martin : c’est la seule religion avec les anciens dieux (en tout cas la corneille à trois yeux) à se soucier de la grande bataille à venir pour l’humanité. Les autres cultes sont (à voir pour les sans-visages) pour l’instant plus tournés vers les luttes politiques inhérentes de Westeros et Essos.

George RR Martin considère les personnages politiques luttant pour le trône dans le sud comme aveugles aux grands dangers et menaces qui pèsent sur le monde. Melisandre dit que la seule guerre qui compte est celle contre l’ennemi, au Nord, et considère la lutte pour le trône comme inutile.

« The war, » she affirmed. « There are two, Onion Knight. Not seven, not one, not a hundred or a thousand. Two! Do you think I crossed half the world to put yet another vain king on yet another empty throne? The war has been waged since time began, and before it is done, all men must choose where they will stand. On one side is R’hllor, the Lord of Light, the Heart of Fire, the God of Flame and Shadow. Against him stands the Great Other whose name may not be spoken, the Lord of Darkness, the Soul of Ice, the God of Night and Terror. Ours is not a choice between Baratheon and Lannister, between Greyjoy and Stark. It is death we choose, or life. Darkness, or light. » – Davos III ASOS

« These little wars are no more than a scuffle of children before what is to come. The one whose name may not be spoken is marshaling his power, Davos Seaworth, a power fell and evil and strong beyond measure. Soon comes the cold, and the night that never ends. » – Davos IV ASOS

Cette conception du symbolisme de la glace et du feu a également été abordée par Martin lorsqu’on lui parlait du titre de sa saga :

“People say I was influenced by Robert Frost’s poem, and of course I was, I mean… Fire is love, fire is passion, fire is sexual ardor and all of these things. Ice is betrayal, ice is revenge, ice is… you know, that kind of cold inhumanity and all that stuff is being played out in the books.” – GRRM, Adria’s News 2012

Pour Martin, le feu c’est l’amour, la passion et la glace la vengeance, la trahison et l’inhumanité. Regardons maintenant ce que dit Melisandre à ce sujet :

« The way the world is made. The truth is all around you, plain to behold. The night is dark and full of terrors, the day bright and beautiful and full of hope. One is black, the other white. There is ice and there is fire. Hate and love. Bitter and sweet. Male and female. Pain and pleasure. Winter and summer. Evil and good. » She took a step toward him. « Death and life. Everywhere, opposites. Everywhere, the war. » – Davos III ASOS

Melisandre parle en des termes pratiquement identiques des qualités appartenant à chacun des deux grands pôles du monde ! Bien évidemment, elle analyse cela sous le prisme de sa foi, qui voit dans chaque minuscule partie du monde une bataille entre R’hllor et l’Autre.

Art by Sunstiana

R’hllor est la religion d’Azor Ahai, ou en tout cas celle qui prophétise son retour et l’attend de pied ferme. C’est la seule religion qui espère l’arrivée d’un sauveur dans le but de vaincre les forces menaçantes qui approchent. Et nous savons que ces forces existent bel et bien. Et que donc les adeptes du Maître de la Lumière ont au moins raison dans l’idée d’une lutte future pour la survie de l’humanité.

Azor Ahai, art by Jordi González Escamilla

Quand on prend du recul sur cette situation, on en viendrait presque à trouver la religion de R’hllor comme appartenant à un autre plan dans le lore, tellement elle correspond aux explications extérieures de l’auteur sur la lutte globale.

Une opposition troublante aux Autres et à la Longue Nuit

« May the Others bugger your Lord of Light, » Penrose spat back » – Davos II ACOK

Lorsque l’on se penche en détail sur les coutumes de la foi des prêtres rouges, on remarque une opposition claire avec les Autres et leur magie.

« The night is dark and full of terrors. » – Prologue ACOK

La prière la plus connue de la religion de R’hllor est bien sûr celle-ci, prononcée un nombre incalculable de fois par Melisandre ou ses compagnons. On a pour réflexe de l’interpréter comme un simple proverbe, censé symboliser l’opposition entre R’hllor, dieu de la lumière et du jour, et l’Autre, dieu des ténèbres et de la nuit.

Or, grâce à Samwell, nous apprenons que les Autres ont pour habitude d’attendre la nuit (ou de la faire tomber) pour attaquer leurs proies.

« They hide from the light of the sun and emerge by night . . . or else night falls when they emerge. » – Samwell I AFFC / Jon II ADWD

Cette information est confirmée par Tormund, qui a personnellement vécu des attaques de spectres et les a affronté :

« They never came in force, if that’s your meaning, but they were with us all the same, nibbling at our edges. We lost more outriders than I care to think about, and it was worth your life to fall behind or wander off. Every nightfall we’d ring our camps with fireThey don’t like fire much, and no mistake. When the snows came, though … snow and sleet and freezing rain, it’s bloody hard to find dry wood or get your kindling lit, and the cold … some nights our fires just seemed to shrivel up and die. Nights like that, you always find some dead come the morning. ‘Less they find you first. The night that Torwynd … my boy, he …’ Tormund turned his face away. – Jon XII ADWD

Et si la prière des prêtres rouges avait en réalité un sens beaucoup plus profond que le simple symbolisme ? Et si c’était en fait une mise en garde réelle faisant référence à la façon dont les serviteurs de l’Autre attaquent les hommes ?

Art by Drazenka Kimpel

On pourrait alors imaginer les origines de la foi de R’hllor dans le monde. Lors de la Longue Nuit, les hommes se réunissaient afin de se protéger des « terreurs de la nuit », autrement dit, les Autres. Pour cela, ils allumaient de grands feux afin de repousser l’ennemi. Une coutume qui aurait pu rester ancrée chez certains, donnant naissance aux pratiques de la religion des prêtres rouges.

« The Lord of Light made the sun and moon and stars to light our way, and gave us fire to keep the night at bay, » Melisandre told the wildlings. « None can withstand his flames. » – Jon III ADWD

« If that is the will of R’hllor. Night’s powers cannot touch one whose heart is bathed in god’s holy fire. » – Jon VI ADWD

La foi de R’hllor est la seule à accorder une importance capitale au cycle nycthéméral (le cycle jour/nuit). Les fidèles du culte se réunissent deux fois par jour : à la tombée de la nuit, pour remercier R’hllor de la journée passée et le prier de les protéger pendant la nuit, et à l’aube, pour remercier R’hllor de les avoir protégé pendant la nuit et de ramener la journée.

« The red priests lit their fires every day at sunset, to thank R’hllor for the day just ending, and beg him to send his sun back on the morrow to banish the gathering darkness. » – Davos VI ASOS

« He could hear singing too, beneath the pealing of the bells. Each morning at first light the redpriests gathered to welcome the sun outside their modest wharfside temple. For the night is dark and full of terrors. Pate had heard them cry those words a hundred times, asking their god R’hllor to save them from the darkness. » – Prologue AFFC

Notez l’utilisation du verbe « gather » pour désigner le retour des ténèbres et de la nuit. Elle est réutilisée plusieurs fois par des personnages en lien avec la lutte contre les Autres.

« Night gathers, and now my watch begins. » – Jon VI AGOT

« It is night in your Seven Kingdoms now, » the red woman went on, « but soon the sun will rise again. The war continues, Davos Seaworth, and some will soon learn that even an ember in the ashes can still ignite a great blaze. The old maester looked at Stannis and saw only a man. You see a king. You are both wrong. He is the Lord’s chosen, the warrior of fire. I have seen him leading the fight against the dark, I have seen it in the flames. The flames do not lie, else you would not be here. It is written in prophecy as well. When the red star bleeds and the darkness gathersAzor Ahai shall be born again amidst smoke and salt to wake dragons out of stone. The bleeding star has come and gone, and Dragonstone is the place of smoke and salt. Stannis Baratheon is Azor Ahai reborn! » – Davos III ASOS

« Les ténèbres se rassemblent » est donc une expression aussi bien utilisée pour parler de la nuit tombante que pour parler du retour des Autres et des forces maléfiques du froid sur le monde.

Art by Jen Zee

On peut constater que les fidèles de R’hllor ont pour habitude de prier pour le retour de l’aube. Or, la grande bataille ayant supposément mis un terme à la Longue Nuit s’appelle la bataille de l’Aube.

« When the singer reached the part in « The Night That Ended » where the Night’s Watch rode forth to meet the Others in the Battle for the Dawn, he blew a blast that set all the dogs to barking. » – Bran III ACOK

Dawn. Another day is given us, R’hllor be praised. The terrors of the night recede. Melisandre had spent the night in her chair by the fire, as she often did. » – Melisandre I ADWD

Vous pouvez voir que cette dualité entre jour/nuit et feu/glace est omniprésente dans la foi de R’hllor et qu’elle est au cœur de la lutte contre les marcheurs blancs et dans le récit de la Longue Nuit. Autre point, de simple coïncidence ou de sens plus profond, on parle des Autres et de l’Autre pour désigner les ennemis (Others and Great Other). Et si le Great Other était celui qui organisait et dirigeait les simples Others ?

Enfin, la foi de R’hllor est aussi opposée aux Autres du côté de la résurrection. Les deux forces sont les seules (avec la foi du dieu Noyé mais c’est un cas particulier) à présenter des cas de résurrection magique.

« Right. And poor Beric Dondarrion, who was set up as the foreshadowing of all this, every time he’s a little less Beric. His memories are fading, he’s got all these scars, he’s becoming more and more physically hideous, because he’s not a living human being anymore. His heart isn’t beating, his blood isn’t flowing in his veins, he’s a wight, but a wight animated by fire instead of by ice, now we’re getting back to the whole fire and ice thing. » – GRRM

Art by Christopher Ocampo

L’auteur lui-même décrit la condition de Béric Dondarrion comme celle d’un « spectre de flamme« . Contrairement aux spectres classiques, il se consume petit à petit, perdant une partie de ses souvenirs, de son identité, de son corps tout simplement.

« I should not have left the Wall. Lord Snow could not have known, but I should have seen it. Fire consumes, but cold preserves. The Wall . . . but it is too late to go running back. » – Samwell III AFFC

La thématique de la conservation des corps par la glace est régulièrement évoquée. Et on en revient alors à la description des deux forces par l’auteur. La glace préserve, les spectres « ramenés à la vie » par les Autres ne se décomposent pas et peuvent rester les mêmes pendant des années. Mais ils sont figés dans le temps, perdent leur humanité et ne sont plus que des coquilles vides sans émotions. À l’inverse, le feu consume et la période de survie des spectres de flamme est limitée. Mais ils sont plein de vie, ressentent des émotions.

Avant de passer à la prochaine partie, il est important que je vous parle de ce que je considère comme une projection de la magie/foi de l’Autre ou en tout cas de la glace : les anciens dieux.

Les anciens dieux et leurs pouvoirs sont facilement associables à la magie opposée à R’hllor. Dieux du froid et du nord, ils sont liés aux enfants de la forêts, qui eux même sont liés aux marcheurs blancs. La corneille à trois yeux, le dernier des vervoyants de la religion des anciens dieux, n’est pas opposé aux ténèbres, bien au contraire.

« There he sat, listening to the hoarse whispers of his teacher. « Never fear the darkness, Bran. » The lord’s words were accompanied by a faint rustling of wood and leaf, a slight twisting of his head. « The strongest trees are rooted in the dark places of the earth. Darkness will be your cloak, your shield, your mother’s milk. Darkness will make you strong. » – Bran III ADWD

Bloodraven conseille à Bran d’utiliser les ténèbres et de ne pas les craindre. La création mystérieuse des Autres et le lien puissant entre les anciens dieux et la magie du Nord peut laisser penser que les enfants de la forêt et leur magie sont bien plus liés aux Autres qu’on ne le pense.

Art by Marc Simonetti

Les raisons du Pacte entre les Premiers Hommes et les enfants de la forêt sont encore floues. On sait juste qu’il a mis fin à la guerre et que les Premiers Hommes ont embrassé la foi des anciens dieux. La Longue Nuit est survenue après.

Les possibles causes de la Longue Nuit sont multiples, mais les enfants de la forêts et les anciens dieux ont forcément un lien avec. Et lorsqu’on écoute les enfants, on remarque une étrange dualité avec R’hllor :

« Leaf touched his hand. « The trees will teach you. The trees remember. » He raised a hand, and the other singers began to move about the cavern, extinguishing the torches one by one. The darkness thickened and crept toward them. » – Bran III

Donc la magie des anciens dieux demande à ce qu’on éteigne les torches pour faire revenir l’obscurité. De plus, Bloodraven communique via les rêves pour introduire Bran et potentiellement ses autres disciples à sa magie. C’est aussi à partir des rêves que les change-peaux développent pour la première fois leurs capacités magiques, et il ne faut pas oublier de mentionner les rêves verts de Jojen.

Et devinez quel est l’avis de Melisandre sur les rêves ?

« She had no time for sleep, with the weight of the world upon her shoulders. And she feared to dream. Sleep is a little death, dreams the whisperings of the Other, who would drag us all into his eternal night.” – Melisandre I ADWD

Selon elle, les rêves sont les murmures de l’Autre qui essaye d’attirer des gens de son côté. Exactement le mode opératoire de Bloodraven pour initier ses disciples à sa magie, ou alors ce que les « anciens dieux » font pour communiquer avec Jojen.

Le yin et le yang : des nuances et des similitudes

Bien évidemment, certains d’entre vous doivent déjà se faire la remarque « un monde manichéen avec un mal absolu et un bien absolu s’affrontant, ce n’est pas la volonté d’écriture de George RR Martin ».

Et vous avez raison. C’est donc pour cela que l’auteur a fait en sorte de créer une partie sombre à R’hllor et une partie « claire » à l’Autre, qui viennent nuancer les pratiques et les méthodes des deux « camps ».

Ici, le côté positif du « camp négatif » est représenté par Bran et potentiellement Bloodraven si ses intentions sont bien celles que l’on pense.

Art by aprilis420

Bran est censé être un héros de l’histoire, opposé aux Autres et au « Cœur de l’Hiver ». Sa magie liée aux enfants de la forêt est peut-être un indice sur l’origine réelle des marcheurs blancs, aux similitudes magiques avec les enfants mais s’étant écartés progressivement les uns des autres.

Melisandre aperçoit d’ailleurs Bran et Bloodraven lors de l’une de ses visions dans les flammes :

« A face took shape within the hearth. Stannis? she thought, for just a moment … but no, these were not his features. A wooden face, corpse white. Was this the enemy? A thousand red eyes floated in the rising flames. He sees me. Beside him, a boy with a wolf’s face threw back his head and howled. » – Melisandre I ADWD

Le côté négatif du « camp positif » est représenté par les exactions parfois brutales et violentes que le camp de R’hllor emploie pour arriver à ses fins. En l’occurrence, je vise ici les sacrifices par le feu et l’intolérance que pratique notamment Melisandre.

Art by Patrick McEvoy

Selon Melisandre (et seulement elle, nous n’avons pas de précisions d’autres prêtres rouges à ce sujet), R’hllor chérit particulièrement les sacrifices d’êtres innocents, comme les enfants, qui sont donc des cibles de choix lorsque la prêtresse a besoin de demander les bonnes grâces de son dieu.

« Melisandre put her hand on the king’s arm. « The Lord of Light cherishes the innocent. There is no sacrifice more precious. From his king’s blood and his untainted fire, a dragon shall be born. » – Davos V ASOS

Or, on a connaissance dans la saga d’une autre entité qui chérirait les sacrifices d’enfants, plus précisément de bébés :

« For the baby, not for me. If it’s a girl, that’s not so bad, she’ll grow a few years and he’ll marry her. But Nella says it’s to be a boy, and she’s had six and knows these things. He gives the boys to the gods. Come the white cold, he does, and of late it comes more often. That’s why he started giving them sheep, even though he has a taste for mutton. Only now the sheep’s gone too. Next it will be dogs, till . . . » She lowered her eyes and stroked her belly.

« What gods? » Jon was remembering that they’d seen no boys in Craster’s Keep, nor men either, save Craster himself.

« The cold gods, » she said. « The ones in the night. The white shadows. » – Jon III ACOK

Craster sacrifie ses fils, tout juste nés, aux « dieux du froid« , « ceux de la nuit« , les « ombres blanches« . Notez que le lien entre les Autres, les forces maléfiques du Nord, et la nuit est une nouvelle fois souligné ici !

Art by John Picacio

Parenthèse, mais Gilly décrit ici les Autres comme des « ombres blanches ». Et qui d’autre s’est servi d’une ombre magique dans la saga ? Melisandre ! À la différence notable que l’ombre invoquée par Melisandre était une ombre noire, en opposition avec les « ombres blanches » des Autres. Et dans les deux cas de figures, ces ombres sont associées à la naissance, à la grossesse et aux nouveaux-nés !

« Shadow? » Davos felt his flesh prickling. « A shadow is a thing of darkness. » »You are more ignorant than a child, ser knight. There are no shadows in the dark. Shadows are the servants of light, the children of fire. The brightest flame casts the darkest shadows. »

« Panting, she squatted and spread her legs. Blood ran down her thighs, black as ink. Her cry might have been agony or ecstasy or both. And Davos saw the crown of the child‘s head push its way out of her. Two arms wriggled free, grasping, black fingers coiling around Melisandre’s straining thighs, pushing, until the whole of the shadow slid out into the world and rose taller than Davos, tall as the tunnel, towering above the boat. He had only an instant to look at it before it was gone, twisting between the bars of the portcullis and racing across the surface of the water, but that instant was long enough. » – Davos II ACOK

La thématique du sacrifice d’innocents/enfants au nom de la survie de l’humanité et d’une plus grande cause est récurrente dans la storyline de Stannis Baratheon. Ce n’est pas par hasard si celui-ci est associé à R’hllor et que son combat le mène à aller défendre le Mur.

“If I must sacrifice one child to the flames to save a million from the dark . . . Sacrifice . . . is never easy, Davos. Or it is no true sacrifice. Tell him, my lady.” – Davos VI ASOS

Art by Amok

Vous remarquez ici un point commun majeur de Melisandre et R’hllor avec Bloodraven : la fin semble justifier les moyens. Déjà, alors qu’il était Main du roi, Brynden Rivers était connu pour privilégier les méthodes brutales et même immorales, dans le but d’obtenir le meilleur résultat final, au mépris des codes et de la morale. C’est exactement ce que souhaite faire Melisandre.

D’ailleurs, on pourrait dire que Bloodraven s’est lui aussi servi du sacrifice d’enfants pour ses objectifs :

« Bran looked at the crow on his shoulder, and the crow looked back. It had three eyes, and the third eye was full of a terrible knowledge. Bran looked down. There was nothing below him now but snow and cold and death, a frozen wasteland where jagged blue-white spires of ice waited to embrace him. They flew up at him like spears. He saw the bones of a thousand other dreamers impaled upon their points. He was desperately afraid. » Bran III ACOK

Si Bran n’est pas la première tentative de Bloodraven pour trouver un successeur à son poste de corneille à trois yeux, il est fort possible qu’il ait contacté et mené d’autres enfants ou à minima personnes vers leur mort. Une forme de sacrifice qu’il a été prêt à faire.

Schéma résumé de mon analyse

Magie ou foi ?

Reste maintenant à se demander si tout ce développement autour de la dualité R’hllor vs Autres est de l’ordre de la foi ou simplement une émanation de la magie.

La réponse est simple : nous ne le saurons jamais, et cela n’a pas d’importance.

Comme précisé dès le départ de cet essai, l’auteur a volontairement laissé ambiguë la question de la religion dans son monde. Par conséquent, il est libre à ses lecteurs d’interpréter les miracles magiques de la façon qui leur convient le mieux.

Si certains souhaitent que tous les dieux d’A Song of Ice and Fire existent, ils sont parfaitement en droit de le faire. Si pour d’autre seule la magie est présente dans ce monde et est en réalité la cause des croyances des personnages, même chose. Si pour vous, seuls les Sept, ou les anciens dieux, ou R’hllor existent, c’est possible !

Nous avons une certitude cependant : les actes magiques existent et ce sont eux qui façonnent la confrontation globale à l’œuvre dans la saga, et qui atteindra son paroxysme lors de la Longue Nuit à venir.

Dès lors, peu importe si R’hllor et les anciens dieux existent ! Vous avez grâce à ce développement la preuve que l’interprétation des prêtres rouges, même en cas de non-existence de R’hllor, reste la bonne, au vu des dynamiques de glace et de feu que l’auteur a implémenté dans les romans.

Melisandre elle-même se trompe souvent lors de ses séances de lecture des flammes. Elle-même se trompe lorsqu’elle désigne Stannis Baratheon comme Azor Ahai, et Illumination comme son épée, comme le remarquent bien mestre Aemon ou Jon Snow.

« Fire is a living thing, » the red woman told him, when he asked her to teach him how to see the future in the flames. « It is always moving, always changing . . . like a book whose letters dance and shift even as you try to read them. It takes years of training to see the shapes beyond the flames, and more years still to learn to tell the shapes of what will be from what may be or what was. Even then it comes hard, hard. You do not understand that, you men of the sunset lands. » – Davos VI ASOS

La lecture des flammes est un exercice très complexe qui demande des années d’entraînement, sans garantir de ne plus se tromper malgré l’expérience emmagasinée. Mais ce qui nous importe ici, c’est le plan large, la vision globale.

Et comme vous avez pu le constater, la vision globale de Melisandre et des prêtres rouges est la bonne. Que ce soit la recherche d’Azor Ahai, les méthodes de lutte contre les Autres, la volonté de sauver l’humanité par le combat face à cette menace, et les nombreuses références à une opposition aux marcheurs blancs.

R’hllor ou pas, divinités ou pas, la religion des prêtres rouges correspond exactement à la dynamique de l’histoire et au duel entre feu et glace. Qu’il soit millénaire ou imminent ne change rien, les méthodes sont les mêmes.

Laisser un commentaire

Trending

Sommaire

En savoir plus sur Pensées de Glace et de Feu

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture